La culture du chanvre en Bretagne
Autrefois très répandue en Bretagne, la culture du chanvre était pratiquée dans la plupart des paroisses des évêchés de Rennes, Saint-Malo et Dol.
Le chanvre avait un double usage :
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domestique, pour la fabrication d’un linge de maison solide et résistant ;
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professionnel, pour la confection de cordes, cordages et toiles indispensables aux activités agricoles, artisanales et maritimes.
Ce commerce était strictement réglementé. Aucune exportation n’était autorisée avant que la Marine royale n’ait prélevé les quantités nécessaires à ses besoins.
Un métier ancien et encadré
Dans les périodes les plus anciennes, le métier de cordier était parfois exercé par des personnes atteintes de la lèpre, notamment à la suite des croisades ou de voyages en Orient. Afin de limiter les risques de contagion, ces personnes étaient isolées dans des établissements appelés léproseries ou maladreries, construits à l’écart des bourgs.
À Tinténiac, une léproserie existait au lieu-dit La Madeleine, confiée aux Frères hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. La fabrication de cordes constituait alors un moyen de subsistance pour ces populations marginalisées.
Les premiers cordiers à Tinténiac : la famille Palluet
La plus ancienne implantation connue de cordiers à Tinténiac est celle de Jan Palluet, né à Saint-Thual le 1ᵉʳ mars 1773. Issu d’une lignée de cordiers active depuis la seconde moitié du XVIIᵉ siècle, il transfère son activité à Tinténiac avant 1810.
Après son décès en 1839, son épouse poursuit l’activité. Elle est recensée comme cordière-chef en 1846 puis en 1856. Leur fils, Joseph Palluet, né en 1826, exercera également le métier avant de s’installer à Saint-Aubin-d’Aubigné.
La famille Flaux, une activité sur plusieurs générations
bulletin paroissial de Tinténiac
partir de 1846, la famille Flaux devient un acteur majeur de la corderie à Tinténiac. Augustin Flaux s’établit comme cordier rue du Puits Frin. Après son décès prématuré en 1848, son épouse Thérèse Juhel poursuit l’activité.
La fabrication de cordes se transmet ensuite sur plusieurs générations, assurant la continuité du métier jusque dans la première moitié du XXᵉ siècle.
La fin progressive de la corderie
À la fin du XIXᵉ siècle, Eugénie Jourdan, veuve de François Flaux, dirige l’atelier en tant que cordière-maîtresse. Elle emploie des ouvriers et forme ses fils au métier.
Son fils Joseph-Marie Flaux exerce encore comme cordier-chef en 1921. Après son décès en 1940, son épouse Marie Voisin maintient l’activité pendant une dizaine d’années, marquant la fin progressive de cette tradition artisanale à Tinténiac.
Un patrimoine encore visible aujourd’hui
famille Flaux habitait l’ancienne maison à porche, située place de l’Auditoire. L’atelier de cordier était installé le long d’un chemin creux, à l’entrée de l’agglomération.
La rue qui a remplacé ce chemin porte aujourd’hui le nom de rue de la Corderie, rappelant l’importance de cette activité artisanale dans l’histoire de la commune.














