Le P. Ange va s'établir dans la ville de Lamballe ; c'est là qu'il trouvera la première idée de son œuvre, qu'il en préparera les premiers éléments, qu'il en fera le premier essai.
Arrivé donc à Lamballe, le P. Leproust dût inaugurer son entrée en charge par une solennité touchante. Saint Thomas de Villeneuve venait d'être placé au rang des saints. Cet événement couvrait de gloire l'Ordre de SaintAugustin : ses membres, au comble de la joie, se disposèrent à le célébrer avec toute la pompe du culte divin.
Le P. Ange avait un motif d'être plus heureux encore que ses confrères. Saint Thomas était le modèle qu'il s'était particulièrement proposé le jour même de sa consécration religieuse, et il avait toujours professé une tendre dévotion pour ce bienheureux : pouvait-il ne pas chercher à donner tout l'éclat possible à une fête de famille qui répondait si bien aux plus intimes attraits de son âme?
La solennité de la canonisation de saint Thomas dura huit jours entiers dans l'église des Petits-Augustins de Lamballe; cette église ne cessa, pendant toute l'octave, de se remplir matin et soir de pieux fidèles, avides d'entendre le récit des grandes choses opérées par le serviteur de Dieu. Le prieur du couvent passa lui-même presque tout son temps au pied des autels, vaquant aux fonctions de son ministère, et consacrant à de ferventes méditations les heures inoccupées.
Or, un jour qu'il méditait profondément sur la tendre charité du saint archevêque, il se sentit fortement inspiré de fonder, sous son patronage, une société de vierges qui se dévoueraient au service des pauvres. C'est de cette pensée féconde que devait sortir l'institut des Filles de Saint Thomas de Villeneuve. Elle laissa dans l'âme du religieux une de ces impressions impossibles à décrire, qui sont tout à la fois calmes, profondes et pleines, et signalent toujours le passage d'une inspiration d'en haut. Le Père fut intimement convaincu que Dieu lui avait parlé.
Le Père Ange était fixé depuis longtemps sur le choix des personnes dont le concours lui serait nécessaire. Il réunit auprès de lui mesdemoiselles de la Pommerays, Dubreuil et du Canton, et il leur fit connaître son projet : il s'agissait de fonder une société de filles chrétiennes qui se consacreraient à Dieu par les trois vœux de religion, et se dévoueraient au service des pauvres, principalement dans les hôpitaux. Les hôpitaux étaient dans un abandon déplorable ; les pauvres malades y manquaient de secours ; des personnes animées de l'esprit de charité y feraient un grand bien, et y acquerraient beaucoup de mérites.
Le 2 mars 1661, mesdemoiselles de la Pommerays, Dubreuil et du Canton entraient dans le Petit-Hôpital de Lamballe. Leur installation se fit avec la plus grande solennité. Les nouvelles hospitalières furent conduites à l'Hôtel-Dieu par le clergé et les magistrats de la ville, au chant d'hymnes sacrées, et au milieu d'une immense population. Tous les cœurs étaient émus. Et quel spectacle plus émouvant, en effet, que de voir trois vierges chrétiennes, d'une naissance illustre, d'une grande fortune, dans la fleur de l'âge et de la beauté, échanger, par amour pour les pauvres, toutes les espérances d'un avenir brillant contre l'humble et pénible service d'un hôpital ! En vérité, un tel dévouement méritait bien un pareil triomphe.
Dès leur entrée à l'Hôtel-Dieu, les Filles de SaintThomas se formèrent en communauté. Elles avaient reçu une règle tracée de la main du fondateur; règle provisoire, qui ne pouvait être qu'une ébauche imparfaite des constitutions à venir, mais où devait déjà respirer, dans toute sa pureté, l'esprit des conseils évangéliques.
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La congrégation s'établit ensuite dans plusieurs autres villes de la Bretagne, telles que Dol, Saint-Malo, Rennes, Quimper, Concarneau, Landerneau, Brest, Morlaix, Malestroit, Châteaubriand; elle s'étendit hors de la province, et forma plusieurs établissements dans la capitale. Les nouvelles hospitalières avaient produit, en peu d'années, un bien immense dans tous les lieux où elles travaillaient.
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En 1684, la ville de Lamballe confia son second hôpital aux Filles de Saint-Thomas, et le 5 novembre de la même année, la Mère Jeanne Leblanc de Boissanne prenait possession de cet établissement.
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